Octobre-novembre 2015

Au sommaire: édito; Le défi de la diplomatie globale; Stabiliser les frais de scolarité; Le lycée français de Medellin; Ce qu’il faut savoir… (Accueil des nouveaux arrivants, Election au Conseil d’administration de la CFE; Session de l’AFE, Conseil UDI Monde, CSG CDRS, Réunions du Conseil consulaire).

 



Edito 

Education nationale, y croire encore malgré la ministre…

Les Français croient en la rationalité mais vivent de mythes. L’éducation n’échappe pas à cette loi. Ainsi, les «Hussards noirs de la République» – ces instituteurs qui de 1870 à 1940 constituèrent l’armature morale du pays – habitent notre inconscient collectif et nourrissent notre nostalgie.

Pourtant, la massification de l’éducation dans la seconde moitié du XXe siècle, résultante du «Baby-boom» de l’après-guerre, l’urbanisation du pays et la prise de pouvoir de l’éducation nationale par des syndicalistes pétris d’idéologie a marqué irrémédiablement le déclin de cette éducation laïque et exemplaire que l’on retrouve avec délectation dans la lecture des œuvres de Marcel Pagnol.

Une fois les derniers «vieux barbons» de l’éducation pré-68 mis hors d’état de nuire, le ministère de l’éducation nationale a donc vécu les ‘’riches heures’’ de la cogestion. A quelques rares exceptions, le schéma fut identique, durant plus de quarante ans et quelles que fussent les majorités: un ministre soucieux de plaire en montrant sa grande ouverture d’esprit aux théories en vogue (naturellement progressistes), mais intransigeant quant à sa volonté d’attacher son nom à une énième réforme. De l’autre côté de la table, des syndicats -de gauche- hyperpuissants, devenus les véritables maîtres du jeu.

Le hic c’est que nos concitoyens n’ont pas manqué de noter que ce nouveau système ne parvenait plus à masquer la difficulté croissante de leurs enfants à monter dans un ascenseur social toujours plus étroit et plus lent. Derrière les discours pompeux de la novlangue se cache en fait un constat de faillite. L’éducation nationale, laïque et publique, au lieu d’être la pointe de diamant du système éducatif français, devient en de nombreuses parties du territoire ce qui reste quand les familles n’ont pas réussi à échapper à la carte scolaire. On le constate aujourd’hui avec ces statistiques étonnantes des enfants issus de l’immigration qui délaissent l’école publique ghettoïsée pour devenir la nouvelle clientèle de l’enseignement privé catholique.

Car, malgré les bonnes paroles, le modèle éducatif français demeure, on le sait, façonné par un moule élitiste. Les parents ne s’y trompent pas: pour que leur rejeton entre dans les «classes préparatoires» qui leur ouvriront les portes des Grandes écoles et des universités prestigieuses qui les mettront à l’abri des trous d’air de la vie, il faut que l’élève soit orienté et aspiré précocement vers le haut, vers le «bon lycée». Disons-le tout net: dans ce schéma, l’égalité n’est plus qu’une vertu déclarative tant les entrailles du modèle sont devenues trompeuses, opaques et reproductrices des pires inégalités sociales et territoriales. Comme l’écrivait récemment l’historien David Engels «les discours dominés par l’autocensure du ‘‘politiquement correct’’ sont caractérisés par une schizophrénie qui n’est pas sans rappeler les dernières années de l’Union soviétique avec son écart entre la réalité matérielle désastreuse d’en bas et l’optimisme idéologique imposé d’en haut»…

La crise actuelle qui oppose le gouvernement à un nombre croissant de professeurs sur la suppression de l’enseignement du latin et du grec dans le secondaire, marque heureusement un signal réconfortant. Elle signifie le refus d’un grand nombre de pédagogues de laisser le champ libre à une ministre pour qui la culture classique est un obstacle à la ‘’modernité’’ et à la théorie du genre.

 

L’objectif de l’éducation doit être d’abord d’offrir à la masse des élèves un enseignement exigeant et de qualité afin de créer les conditions pour que les fractures sociales, culturelles et même communautaires se cicatrisent par l’amour commun du pays et de sa culture littéraire, scientifique et historique. Cela nécessite aussi de renoncer au slogan creux des «80% d’une classe d’âge au baccalauréat» et de construire de véritables filières d’éducation professionnelles, main dans la main avec le monde de l’entreprise. Voilà un grand chantier pour le prochain président de la République!


Diplomatie globale, un défi

“L’inaccessible, on le fabrique souvent soi-même” Romain Gary (1914-1980, écrivain et diplomate français)

Le ministre des affaires étrangères et du développement international est l’auteur d’un rapport au titre choc “MAEDI 21, une diplomatie globale pour le XXIe siècle”. Laurent Fabius veut manifestement laisser une trace dans l’histoire en «révolutionnant» notre diplomatie. Son credo: notre pays doit rester “un acteur global et reconnu comme tel dans le monde”. Malheureusement la réalité offre un démenti cruel à cette ambition affichée. La France se fait évincer des négociations sur la Syrie par la Russie et les Etats-Unis! En Europe même elle est le maillon de plus en plus faible du couple franco-allemand. Que penser alors du projet fabiusien adopté en Conseil des ministres le 2 septembre dernier, sans moyens financiers d’accompagnement et dans un contexte de redéploiement de nos implantations à l’étranger qui ne peut qu’inquiéter?

“La France a la vocation à développer une action universelle” écrit le ministre, qui assigne quatre missions à la diplomatie globale: la paix et la sécurité, l’organisation et la préservation de la planète, la réorientation et la relance de l’Europe, le rayonnement et le renforcement de la France. La réforme s’appuie sur trois piliers, l’adaptation de notre action extérieure, la simplification pour un service public de qualité et la gestion des femmes et des hommes du ministère. J’évoquerai ici les deux premiers piliers.

Un ministère puissance?
Pour piloter l’action extérieure, M. Fabius a commencé par donner plus de surface à son ministère en y intégrant le commerce extérieur et la promotion du tourisme. Il a ensuite rénové son organisation et ses opérateurs: création d’une direction des entreprises, de Business France et Expertise France, mise en place de conseils économiques et conseils “Influence” dans les ambassades. Il a fait de l’ambassadeur le véritable chef d’orchestre d’un ensemble a priori plus cohérent. Mais le gonflement des compétences du ministère ne cache-t-il pas une baisse drastique programmée des crédits de l’action extérieure de l’Etat?

Suivre la nouvelle géographie au risque de perdre des partenaires historiques…
Le redéploiement du réseau se fera dans les pays émergents du G20. Une présence sera assurée dans toutes les grandes métropoles où la France a des intérêts, avec l’ouverture de «Bureaux de France» dès 2017. Il y aura une accélération de la mutualisation des actions et des moyens avec les Européens, l’objectif étant d’ouvrir 25 ambassades co-localisées avec des partenaires européens à l’horizon 2025. La mutualisation entre Européens est un peu le monstre du Lochness. On sait que cela peut exister mais on ne l’a jamais vu! Le sursaut de souveraineté actuel des Etats membres n’est pas pour faciliter un développement décisif de la mutualisation qui est pourtant au cœur de la construction européenne.

Quid de la diplomatie de proximité?
La diplomatie de proximité, micro cellule de la diplomatie globale, “rend la relation avec les Français à et de l’étranger encore plus essentielle dans un monde où chacun est potentiellement un acteur des relations internationales”, écrit le ministre. La diplomatie globale devra renforcer ces liens en s’appuyant sur les représentants des Français de l’étranger.

Développer le consulat numérique
Objectif: A l’horizon 2020, chaque citoyen français à l’étranger pourra effectuer l’essentiel de ses démarches en ligne 24h/24. Dès le 1er janvier 2016, l’inscription au registre des Français établis hors de France pourra s’effectuer entièrement en ligne, tout comme l’inscription ou la désinscription sur la liste électorale consulaire. Dans un proche avenir, des expérimentations seront mises en œuvre dans certains consulats pour effectuer les demandes de passeport en ligne. Dès 2017, les dossiers de demande de visas se feront en ligne et en 2020 ils seront également délivrés en ligne. Délivrance en 48h de plus de 50% des visas dès 2017. En 2016, création de “passeports talents” pour faciliter les démarches des entrepreneurs, étudiants, chercheurs, créateurs etc. Mise en place en 2017 d’une “école française numérique” à l’étranger afin de rendre accessible l’enseignement français partout et à tous, avec l’objectif d’un million d’élèves en ligne en 2025.

Anticiper les crises pour assurer la sécurité des Français à l’extérieur
Renforcer les capacités d’anticipation du ministère des affaires étrangères pour mieux assurer la sécurité des Français implique la mise en place d’une “Task force interministérielle” dont l’objectif sera d’accélérer la réactivité des moyens de secours et de protection sous 48h. Il est question aussi de renforcer les mesures de sécurité dans le réseau culturel et de l’enseignement. Un effort sera fait sur la communication avec le renforcement de notre présence audiovisuelle à l’étranger.

Faire mieux avec moins…
En guise de conclusion disons que ce document de 28 pages, fourni en intentions modernistes et en prospective de toutes les potentialités du numérique, a le mérite d’exister. Le projet donne sans doute un cadre et une méthode à l’évolution nécessaire de notre diplomatie. Mais il apparaît en total décalage avec ce qu’est le poids diplomatique réel de la France. Voir le rapport en téléchargement ci-dessous.


 

Stabiliser les frais de scolarité

L’augmentation constante des frais de scolarité dans nos établissements d’enseignement français à l’étranger peut constituer un frein pour les familles françaises, malgré l’octroi de bourses sur critères sociaux. La mission prioritaire des écoles du réseau est bien la scolarisation des enfants français, ainsi que vient de le rappeler la Cour d’Appel administrative de Versailles le 28 septembre dernier. Deux parlementaires ont été appelé à plancher sur cette problématique, la sénatrice Claudine Lepage (Français de l’étranger, PS) et le député Philip Cordery (Français de l’étranger, PS). La lettre de mission du ministre des affaires étrangères précise “le montant des frais de scolarité acquitté par les familles est un facteur essentiel de l’attractivité des établissements. Il doit à la fois être compatible avec les capacités contributives de nos compatriotes, compétitif pour attirer les publics locaux et suffisant pour permettre aux établissements de financer une offre de qualité.

Quelle est la situation?
L’augmentation mondiale moyenne des frais de scolarité dans l’ensemble du réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) est de 45% entre 2007 et 2012 (calculés en euros par classe et par nationalité). Cette moyenne ne reflète pas la réalité dans beaucoup de pays où l’augmentation a été plus modérée. C’est le cas de la Colombie où l’augmentation des frais de scolarité s’est situé entre 10 et 20% en moyenne. Ainsi entre 2008 et 2013 au lycée Paul Valéry de Cali les frais ont subi une hausse en peso de 11,3% en maternelle, 34,6% en cours élémentaire, 27% en collège et 26,1% au lycée. Au lycée Louis Pasteur de Bogota, ils ont augmenté de 14,7% en maternelle et de 24,8% au lycée, soit beaucoup moins que dans d’autres pays d’Amérique latine (Argentine, Pérou, Bolivie et Mexique). En moyenne dans les Amériques, y compris Etats-Unis et Canada, la hausse a été de 43%.

Comment expliquer ces hausses?
Les auteurs listent plusieurs éléments qui ont concouru à l’accroissement excessif des frais de scolarité: la prise en charge (PEC) sans condition de ressources des élèves de lycée mise en place sous la présidence de N. Sarkozy en 2007 qui a provoqué une inflation galopante, la réduction du budget de l’AEFE et de sa masse salariale, les transferts de charge des pensions civiles et de l’immobilier de l’Etat vers l’Agence.
Le problème est que la hausse constante des frais de scolarité compromet l’accès à nos écoles de familles françaises aux revenus modestes et moyens alors même que l’augmentation importante du nombre de Français à l’étranger concerne précisément ces familles. La réforme du dispositif des bourses scolaires, mise en place en 2013, a certes permis à un plus grand nombre de nos compatriotes de bénéficier de cette aide de l’Etat, mais les boursiers les plus modestes, en perdant leur quotité à 100%, ont été pénalisés sans que pour autant les familles à revenus moyens aient été largement bénéficiaires. 103,5 millions d’euros ont été répartis entre 21 941 boursiers selon des critères de revenus et de patrimoine, soit 21% des élèves français scolarisés en 2013. Il est sûr que certaines familles à revenus moyens, non éligibles aux nouveaux critères définis par la réforme, ne sont pas en capacité de supporter les frais de scolarité pour leurs enfants.

Un succès grandissant…
Réseau réputé et convoité, l’enseignement français à l’étranger a vu son attractivité renforcée cette dernière décennie grâce aux taux de réussite de ses élèves au baccalauréat (plus de 90% en moyenne, voire 100% dans certains établissements) et à son active politique d’orientation et d’accès à l’enseignement supérieur sous l’impulsion de l’Agence. Entre 2006 et 2013, plus de 90 000 nouveaux élèves ont rejoint nos lycées, soit une hausse de 40%. Par comparaison un tel afflux nécessiterait en France la construction d’une centaine de collèges de taille moyenne.

50 propositions pour maintenir l’excellence pédagogique tout en stabilisant les frais de scolarité
Les deux parlementaires ont présenté un catalogue prolixe de propositions pour faire des économies et trouver de nouvelles sources de financement. Citons-en quelques unes: promouvoir les ressources numériques et faire des écoles françaises à l’étranger une zone d’expérimentation de la tablette numérique (propositions 8 et 9); impliquer les parents dans toutes les décisions budgétaires concernant l’immobilier et la hausse des frais de scolarité (p.19); renforcer les partenariats avec les Etats d’accueil et les organisations internationales (p.20 et 21) et accompagner le développement des écoles européennes (p.22); renforcer le partenariat avec le monde de l’entreprise et les institutions financières (p.29); renforcer le programme du Français langue maternelle – FLAM (p.42); développer le label FrancÉducation (p.43); examiner la possibilité de moduler les frais de scolarité en fonction des revenus (p.47).

Des temps difficiles…
On sait par expérience que ce genre de rapport pétri de recommandations est rarement suivi d’effets. La preuve, la subvention 2016 de l’Etat à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger est en forte baisse… Un mauvais signe donné à la stabilisation des frais de scolarité! Voir le rapport en téléchargement ci-dessous.


Le lycée français de Medellin

Le nouveau lycée a ouvert ses portes le 14 septembre 2015. Ce premier bâtiment dédié à l’école maternelle (52 élèves) a reçu le nom d’un grand entrepreneur, ami de la France, remarquable pour son engagement social, M. Nicanor Restrepo Santamaria. L’inauguration par la secrétaire d’Etat au développement et à la francophonie, Mme Annick

Ce qu’il faut savoir…

. Accueil des nouveaux arrivants en Colombie: nos nouveaux compatriotes ont été reçus le 3 octobre 2015 à la Résidence de France à Bogota, à l’invitation de l’ambassadeur de France M. Jean-Marc Laforêt. En savoir plus

. Election au Conseil d’administration de la Caisse des Français de l’étranger (CFE): le 8 octobre 2015 s’est déroulée l’élection au CA de la CFE par les 90 conseillers à l’AFE. Mes collègues m’ont fait l’honneur de me réélire administrateur pour un deuxième mandat de 6 ans. L’Alliance de la droite, du centre et des indépendants a remporté la majorité des sièges. En savoir plus 

. Session d’automne de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), publication du rapport 2015 du gouvernement sur la situation des Français à l’étranger, projet de budget 2016 pour les bourses scolaires et l’aide sociale. Voir le compte-rendu ici

1ère réunion du Conseil UDI-Monde: les élus, conseillers consulaires et délégués consulaires centristes appartenant à l’UDI se sont réunis le 3 octobre 2015 au Sénat à l’invitation du sénateur Olivier Cadic (Français de l’étranger, UDI) et en présence du président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde (député de Seine-Saint-Denis et maire de Drancy) et du député Meyer Habib (Français de l’étranger, UDI). En savoir plus

CSG CRDS: un remboursement est en vue, mais pas pour tout le monde… Le gouvernement, qui avait instauré un prélèvement social (CSG CRDS) sur les revenus immobiliers en France des non-résidents, a dû prendre acte des décisions de la Cour de justice de l’Union européenne et du Conseil d’Etat qui l’ont condamné. Dans un communiqué de presse, le secrétaire d’Etat au budget, Christian Eckert indique les modalités de remboursement pour les contribuables qui auront fait une réclamation avant le 31 décembre 2015. Les non-résidents hors Union européenne ne semblent pas être concernés par ce remboursement et, pire, le prélèvement devrait être maintenu pour tous les non-résidents dans l’avenir (UE et hors UE), le gouvernement affectant désormais le produit de l’impôt au financement de prestations non contributives (minimum vieillesse par exemple). Cette disposition fiscale réaménagée est actuellement en discussion au Parlement dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2016. En savoir plus

. Prochaines réunions du conseil consulaire: la deuxième réunion du conseil consulaire consacré aux bourses scolaires (CCB2) se tiendra le 4 novembre 2015 à l’ambassade. 196 demandes ont été instruites lors de la première réunion avant l’été. Nous examinerons les demandes tardives, nouvelles demandes et révisions. Le 5 novembre se tiendra le conseil consulaire sur la sécurité.

Girardin, a eu lieu le 13 octobre 2015. En savoir plus